Bonhomme, Béatrice

par Vincent Gimeno-Pons, 9 mai 2009

Poète et essayiste, vit à Nice. Elle a publié plusieurs recueils de poèmes ainsi que de nombreux articles et ouvrages critiques sur Pierre Jean Jouve et la poésie contemporaine. Professeur à l’Université de Nice, elle est responsable d’un Centre de Recherche sur la littérature, le CTEL, au sein duquel elle a créé en 2003 un axe sur la poésie, Poièma. Elle a fondé avec Hervé Bosio, en 1994, la Revue Nu(e) qui a consacré à ce jour 41 numéros à l’œuvre des poètes contemporains et elle dirige avec Jean-Yves Masson la Société des lecteurs de Pierre Jean Jouve. Citons les derniers recueils parus : La Maison abandonnée (Post-face, Bernard Vargaftig, Melis, 2006), Mutilation d’arbre (Préface Bernard Vargaftig, Collodion 2008), Passant de la lumière (L’Arrière-Pays, 2008), Mémoire et Chemins vers le monde (une étude qui s’inscrit comme un hommage à de nombreux auteurs contemporains (Melis, 2008) et Pierre Jean Jouve ou la quête intérieure (Aden, 2008).


Dans les silences du passeur
La pluie réveille les veines de la terre et, de nouveau, le sang afflue au cœur dans l’odeur chaude et mouillée du lichen.

On sent le cœur de la terre battre sa folie de limon. Les ciels rincent leur pinceau de bleu et entremêlent les gris. Dans la toile marouflée, une pointe de lumière aiguise son pastel.

L’oiseau pose sa tête menue contre le vitrail et il s’incruste dans la couleur. D’un côté, puis de l’autre, de la fenêtre, ses ailes flottent une ombre de velours et volètent plus loin, cherchant à pénétrer vers la lumière.

Sur la tombe, on s’est assis dans la caresse familière de cette pierre où tu silences. La croix compose une marqueterie de lichen comme les majoliques de Naples et l’on pense à la berceuse de ta voix lorsque tu fredonnais l’enfance.

Tu étais le passeur des deux rives et, dans tes mains de feuilles, les toiles tissaient la dentelle d’un doux berceau de voilage.

Tu avais dans tes mains le monde et tu nous l’offrais en présent comme un pigment bleu sur la fresque. Les petites feuilles rouges sur l’avancée de ta fenêtre abritaient le gâteau nidifié d’une hirondelle.

Désormais tu fais silence au creux des pierres. Le feuilleté du temps semble t’avoir emmuré malgré la fluidité de ta lumière.

Mais ton cœur demeure le cœur battant du paysage et ton regard de sureau poursuit à travers le temps la nuance nécessaire de la lumière.

En images

  • Béatrice Bonhomme
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Dernière modification : samedi 9 mai 2009, par Vincent Gimeno-Pons
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