Marché Poésie 2017, États généraux#01

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Ewa Lipska

vendredi 13 mars 2009, par Vincent Gimeno-Pons

Ewa Lipska

Ewa Lipska - © Christoph Pobozy (Cracovie, 1945), poète dès l’adolescence, ses premières publications datent de 1961. Elle a été responsable du domaine poétique de la prestigieuse maison d’édition polonaise Wydawnictwo Literackie et a dirigé l’Institut polonais de Vienne. Des choix de ses poèmes ont été publiés en anglais, tchèque, danois, hollandais, allemand et hongrois.

Bibliographie en français

Deux poétesses polonaises contemporaines : Wislawa Szymborska, Prix Nobel de Littérature 1996 et Ewa Lipska, L’Ancrier, Mundolsheim, Bas-Rhin 1996, traduit du polonais par Isabelle Macor-Filarska

L’Homme pour débutants : choix de poèmes, Maison de la poésie Nord-Pas-de-Calais, Beuvry, 2004, traduit du polonais par Isabelle Macor-Filarska et Grzegorz Splawinski



Notre ordinateur

Notre ordinateur
est couché entre nous.
Formatés exactement
pour notre bref amour
nous ouvrons une fenêtre de dialogue.

Dessin de la pluie sur les vitres
de la galerie Clip Art.
Une bouche virtuelle revient. Icône de la respiration.

Fusionnés encore et encore
nous nous authentifions au petit matin quand le postier glisse dans notre boîte le lever d’un abricot frais.

Traduit par : Isabelle Macor-Filarska


L’absence

Ton Absence fleurit.
Un avion de reconnaissance sans pilote
tournoie au-dessus de moi.

Un mixer bat la mousse des nuages. Parfum épique de la rosé à cent feuilles après quoi n’est restée que la confiture.

D’un vol d’oiseau naît une chanson d’amour, Tu me remets au bon soin de la vie je te confie au jardin d’Eden.

Traduit par : Isabelle Macor-Filarska


Plein Écran

Bla-bla-bla sa photographie téléphone.
Un voyage de noces traverse l’écran.
Elle dans un fichier de robe blanche. Lui dans des icônes de tennis.

Je me suis identifié en toi pour toujours.
Je lis ce que tu penses de moi dans tes caractères.

Arial arrive.

Et eux d’une fenêtre commune
sautent droit sur les vitrines de l’espace.

Et c’est ainsi que
cela finit toujours avec le service secret Security
qui les attend déjà
à la discothèque voisine.

Alentour
un plein écran avec aperçu
de ce qui est encore à venir.

Traduit par : Isabelle Macor-Filarska


Le mouvement

Je n’aurais jamais cru
que 1’oiseau m’appellerait
pour me dire
que nous volons ensemble en ce monde.

Même si je n’ai pas d’ailes
ni lui de visage humain
nous lisons ensemble le mouvement.

La lecture de l’existence.

Traduit par : Isabelle Macor-Filarska


Moi-Eux

Je vous admire
pour vos excès de vitesse
quand vous filez comme une flèche
dans l’histoire à sens unique

Votre cabriolet mature
rougit.
Roue écarlate du destin.

Moi
remorquée par un camion essoufflée
j’agite devant vous mon testament
dans lequel je vous lègue
une réalité de rechange.

Et vous
remplis jusqu’à ras-bord de jeunesse
vous me dépassez à pleine voix
brouillant le rythme saccadé du moteur
et le pouls usé des pneus.

Traduit par : Isabelle Macor-Filarska


A l’oiseau

Je dis à l’oiseau
il faut que je m’envole.

L’oiseau agite
le mode d’emploi.

Traduit par : Isabelle Macor-Filarska


Ailleurs

Je voudrais vivre Ailleurs.
Dans de petites villes brodées à la main.

Rencontrer ceux
qui ne viennent pas au monde.

Nous serions enfin heureux solitaires.
Pas une station ne nous attendrait.

Nulle arrivée. Nul départ.
Au musée du temps qui passe.

Pas une seule guerre ne se battrait pour nous.
Pas une humanité. Pas une armée. Pas une arme.

La more un peu pompette. Ce serait gai,
À la bibliothèque le temps en plusieurs volumes,

L’amour. Chapitre sans connaissance.
Tournerait dans un murmure les pages de nos cœurs.

Traduit par : Isabelle Macor-Filarska


Le bavardage du monde

Dans le grand bavardage du monde
je ne suis qu’un murmure mêlé
à un fortissimo sonore.

Villages villes pays
déclenchent un vacarme
quand je m’approche de leurs frontières.v
Une tondeuse
prima-donna d’opérette
dans notre basse cour
tond le silence matinal
en un libretto de pacotille.

Bruyante médiocrité autour.
Voix hautes.
Moteurs de stades rugissant.
Vacarme politique.

Même une seconde d’amour
arrache un cri
Et il y aura encore plus de bruit.
De plus en plus. De plus en plus.

Jusqu’à ce qu’un silence de mort frappe
de son ton solennel.

L’histoire comme d’habitude
va trompeter tout ça
pour couvrir un appel au secours
lancé par quelqu’un.

Traduit par : Isabelle Macor-Filarska

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