Fournier, Bernard / Corre, Danièle

par Vincent Gimeno-Pons, 11 mai 2010

Bernard Fournier

Collabore à plusieurs revues Aujourd’hui poème, Europe, Poésie/ Première, Poésie Sur Seine, LittéRéalités, Lieux d’Etre, Diérèse, Dalhousie French studies, Les Cahiers de la Baule, Cahiers Audiberti, entre autres.
Il a publié sa thèse Modernité de Guillevic ainsi que Le Cri du chat-huant, essai sur le lyrisme de Guillevic (2002) et L’Imaginaire dans la poésie de Marc Alyn, (2004).
Animateur depuis douze ans du café poétique "Le Mercredi du poète" en collaboration avec Jean-Paul Giraux et Monique Labidoire, il est membre du Comité du Cercle Aliénor, et des Associations des Amis d’écrivains, Jean Paulhan et Audiberti.
Élu en septembre 2009 membre de l’Académie Mallarmé, il a publié Marches (2005), et Marches II (2008) avec une lecture de Pierre Oster.




Chambres

I

Chambre de vaste parage ou de clos paysage,
Chambre de nos rêves diurnes, du repos de la journée,
Chambre de lecture,
Chambre des douleurs, des plaintes sourdes du corps quand l’âme fait relâche ;

Notre chambre, beau bateau, grand navire,
Dolines de douleurs lourdes et lentes,
Alcôve,
Notre lit lent et muet,
Vaste chambre, tirée de ses haubans sur la mer des feuillages,
Haute chambre où nos corps se proposent à la dormition ;

Chambre de nos étés, chambre de nos solitudes,
Chambre inverse des jours où la nuit s’oublie quand le soleil est craint des yeux, quand les jours sont trop longs à nos espoirs de veille,

Chambre difficile des exils de jour ;

Chambres de plein air, chambres des herbes et des arbres, chambres des terrasses,
Chambres des après-midi méridiens, chambres des auvents aux promontoires marins, aux terrasses sylvestres ;
Chambres de haute lutte, chambre de haute classe,
Chambres noires des échos enfantins, chambres claires des espoirs refaits et rédimés ;


Chambres de vastes horizons blessés des alizés
Chambres de verdures aux confins des palmiers ;



Chambres

II


Chambre haut perchée dans la canopée qui se livre aux vents et joue à la mer,
Feignant de battre tambour sur les feuilles afin de fuir les foules ;

Et les arbres eux-mêmes opinent du cap, oui, oui, oui, il faut bien, et c’est l’été
Qui nous pousse entêtés, ils nous font croire aux vagues qui surgiraient du ciel au détour du regard ;
La saluent alors les oiseaux inconnus, familières nichées sur la hune des branches et dont certains rappellent les grillons ou même les cigales ;

Chambre haut cachée dans les frondaisons qui savoure sa solitude, nourrie d’être deux et rythmée aux pas des cuisines et des fruits ;
Solitude vive nourrie du silence incroyable, impeccable, qu’étreignent les oiseaux et que souligne le vent ;

La chambre largue ses amarres au chêne jeune avant que ses voiles ne la jettent dans le ciel à l’horizon mêlé
Au soleil, toutes les feuilles s’enfouissent, s’enfuient, fouillent par les vitres de la maison pour repêcher comme une île perdue du fond des villes ;

La chambre ruisselante où les papillons s’appellent et s’amusent ;
La chambre se tait, la chambre s’arrête, la chambre paît son lait de mesure et d’instants tus par la paix impossible ;
La chambre demeure et se voue aux travaux dans l’allongement des heures et du repos du temps ;
La chambre vit et se gonfle d’airs intérieurs, grossie des pluies et des vagues, tendue sur ses riens : elle dresse son cap vers le large des cieux et des cités.



Danièle Corre

Née à Villeneuve-sur-Yonne, a passé une partie de son enfance en Lorraine. Professeur de lettres en région parisienne, elle a mis en place des ateliers d’écriture poétique en milieu scolaire, initiant ses élèves à la poésie contemporaine.
L’arbre de mémoire, La Bartavelle, Prix Jean Follain 1999.
De clairière en clairière, Poésie sur Seine, Grand prix de l’édition 2002.
D’un pays sous l’écorce, Cahiers de poésie verte, Prix Troubadours 2004.
Ils savent. Ils vont, Edition Mairie du 9eme, Prix Simone Landry 2004.
Obstinément l’enfance, Éditions Aspect, 2005.
Voix venues de la Terre, Éditions. Jacques Brémond, Prix de Poésie des Jardins de Talcy 2005.
Énigme du sol et du corps, Éditions Aspect, Prix Max Jacob 2007.
Comme si jamais personne, Éditions Aspect, 2008.
Ce sourire que le jour retient, Éditions Potentille, 2009.
Livres d’artiste avec Sarah Wiame, peintre, aux Éditions Céphéides :
De terre et d’eau, 2001, Éclats, 2002, Sédiments, 2002, Rives, 2003, Bretagne, 2003, Les Chants querelleurs Prix Aliénor 2004, Petit éclat de mot, 2005, Arbres en soi, 2006, Proust, un enfant ébloui, 2009, Femme de basalte, 2010, Festins, 2010.
avec Dominique Moulin : L’éventail des routes 2010 Moulin à Lire

avec Dominique Penloup : Sentiers coll.Pabuscule pour les 20 ans du musée PAB d’Alès 2009 ; Mille étoiles coll. « comme si » Livre Pauvre Daniel Leuwers 2009.

Revues :
Poésie sur Seine. Midi. Poésie Première. Lieux d’être. Diérèse. La Traductière. 7 à dire. Infusion. Concerto pour marées et silence...

Présence dans anthologies ou ouvrages collectifs :

Livre Pauvre-Livre Riche Daniel Leuwers Somogy Éditions d’art, 2006.
Poésies de langue française par Stéphane Bataillon, Sylvestre Clancier et Bruno Doucey. Éditions Seghers, 2008.
Carnavalesques, choix de textes de langue française de poètes d’aujourd’hui, Éditions Aspect, Nancy, 2009.
Femmes prétextes, Éditions Céphéides, 2010.

Membre du comité de rédaction de Poésie Première. Responsable de la rubrique club de poésie jeunesse de Poésie sur seine. Présidente du cercle Aliénor.



Sous la soie des sourires,
il est des déchirements
qui n’en finissent pas
de creuser des abîmes.

Nul ne sait
l’incessant ravaudage
des pièces de couleurs
qui font bonne figure
au passant qui fredonne
en effleurant les gouffres.

En images

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Dernière modification : mercredi 11 mai 2010, par Vincent Gimeno-Pons
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