Gonzalès, Charles

par Vincent Gimeno-Pons, 8 juillet 2010

Chère Arlette,

vous venez de partir pour le long poème silencieux avec l’élégance des lacs salés où flottent l’ombre des flamands roses égarés, présage d’éternité.

La chapelle Sixtine de Rome que vous m’avez détaillé à Rome, la tapisserie de Bayeux que nous avons parcouru un après-midi de black dog, les icebergs d’Ouistreham que nous sommes les seuls à avoir vus, les coulisses de Camille Claudel, Thérèse d’Avila et Sarah Kane où vous m’avez adoubé chevalier sur le pur sang du théâtre, la partie de pétanque de Cerisy en compagnie de Bernard Noël où vous hésitiez à donner le point que vous réserviez au dernier mot de Grabinolor, les ouvertures d’huîtres boulevard Pasteur en quête de perles précieuses et de manuscrits rares, vos réconforts après le mat sentimental de l’amour, vos messages pleins de pollens, vos Marché de la Poésie par soleils noirs ou pisse d’anges insoumis de saint Sulpice, ce côté jardin premier rang d’orchestre que vous préfériez toujours pour mieux voir sur la scène les variations de jeu selon les saisons, cette porte toujours ouverte que vous me laissez après mon détour par le rouge du phare, votre regard à ma dernière répétition de Oh les beaux jours du grand Samuel à Bruxelles, ces lectures en tous lieux toutes circonstances resteront dans mon sang multicolore comme des cloches de glace aux glas inoubliables !

Tout à coup Montsouris, comme une tempête terrible, des creux effrayants et moi qui pensais que vous étiez venue là juste pour vous asseoir quelques instants sur un banc du parc et corriger une dernière fois les épreuves d’un Pierre Albert-Birot inédit découvert la veille dans une armoire normande oubliée...

Non, ce fut un lit dans une chambre parce que vous n’aviez pas eu le temps depuis hier de vous occuper de vous trop préoccupée par les autres.

Alors comme une irremplaçable professeur des arts et lettres d’amour restée sans voix par l’émotion vous avez écris de vos doigts de craie et pour une dernière fois pour toutes vos âmes une leçon magistrale sur le petit tableau en ardoise noir.

Cette leçon, je la garderai toujours en moi et pour les autres, elle dit, c’est un ange égaré qui me l’a glissé avant de disparaître faire commerce avec la poudre des airs provoqué par une jument de la nuit au nom de Nightmare, de continuer toujours dans l’exigence, la grandeur, la rigueur, les rires, les pleurs, et toujours droit, juste, généreux, bon, insolent, les yeux ouverts et tendus vers deux mains, celles de la croyance en des lendemains meilleurs !

Chère Arlette de mon cœur, le grain continuera d’être veillé, les pages tournés avec délicatesse, et les mémoires s’aiguiseront comme des lames de rasoir.

Je vous embrasse pour l’éternité et je vous applaudis.

Charles Gonzalès, l’Ami, votre serviteur des Arts et Lettres.

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Dernière modification : jeudi 8 juillet 2010, par Vincent Gimeno-Pons
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