Marché Poésie 2017, États généraux#01

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Guerre, Claude

mercredi 26 mai 2010, par Vincent Gimeno-Pons

Claude Guerre

directeur de la Maison de la Poésie-Paris, metteur en scène et poète Claude Guerre est né en 1948 à Avignon où il a appris les métiers du théâtre auprès d’André Benedetto. Il fonde sa compagnie dans les années 80 et monte ses propres textes. Sa curiosité pour les auteurs contemporains grandit. Ce goût des écritures se poursuit dans les années 90 et pour 15 ans à France Culture où il oeuvre à la réalisation radiophoniques des écritures contemporaines. Il y rencontre toutes les formes littéraires nouvelles. Claude Guerre aime entendre les mots. Cette oralité donne une existence à la langue mais il ne s’agit pas simplement de parler la langue. Pour Claude Guerre « l’oralité, c’est l’envie de parler une langue qui n’existe que dans l’espace d’une oeuvre qui a consenti à l’accueillir. Même une simple lecture exige un faire-savoir-faire ». Ce savoir faire Claude Guerre le trouve auprès des acteurs qu’il aime intensément.
En 2006 il prend la direction de la Maison de la Poésie, institution unique en France créée par Pierre Seghers en 1983, à laquelle il donne un nouvel essor. Cette maison saisie par les poètes et les comédiens s’ouvre à toutes les formes poétiques, à tous les dires. Musiciens, peintres, vidéastes y trouvent également leur place. L’acte poétique est donné sur le plateau, dans le foyer, dans les caves voûtées, dans le restaurant.
La question de l’oralité en poésie est au choeur de la réflexion de Claude Guerre : « Dans nos pays, la poésie s’écrit dans les livres. On la récite à l’école. Chacun porte dans sa mémoire secrète ses trésors qui parfois paraissent au grand jour. Alors, la poésie se dévoile, elle fait sa cérémonie, elle se dit. L’acte de dire la poésie n’est pas de nature. La poésie est une affaire intime. Dans le fameux for intérieur, disputent ensemble l’extraordinaire exigence, la folie lyrique, le goût du dévoilement et le goût du secret. La poésie est un bijou qu’on porte dans les grandes occasions. Alors, comment se fait-il qu’on assiste depuis vingt ans à un renouveau de la lecture publique ? Un désir de participer à la scène théâtrale ? Une tentation de prosélytisme de la part des poètes ? je n’y crois guère. Une intuition chez eux que, dans la grande catastrophe annoncée de la fin du monde, leur parole trouve une légitimité qui s’était enfouie dans les solitudes ? La croyance que le travail poétique transcende le chaos ? Je veux ouvrir les nouvelles saisons de la Maison de la Poésie en esquissant les lignes souterraines profondes de ce désir général d’oralité »
La Maison de la poésie depuis 3 ans reçoit les poètes de tous les univers et de tous les pays, a déjà accueilli quelques 80 spectacles, initié des rendez-vous mensuels avec l’actualité poétique. Cette saison 2009/2010, un nouveau cycle de rencontres « Les figures d’humanité », la poursuite de la manifestation « poètes du monde » avec un focus sur les poètes européens, des créations théâtrales, notamment « Timon d’Athènes- Shakespeare and slam » et la possibilité de redécouvrir les spectacles crées les saisons précédentes.
Sur le plateau de la Maison de la Poésie, Claude Guerre met en scène les auteurs, les artistes qu’il affectionne tout particulièrement, notamment Laurence Vielle avec « La Récréation du monde », V. de Tony Harrison, monté pour la 1ere fois en France ou encore « Je suis un petit pachyderme de sexe féminin – Les Poètes de Colette Magny ».
Claude Guerre se définit comme un amoureux : « Je suis amoureux, je suis un grand amateur de philosophie, je suis amateur de vélo et joueur de football » mais il est également écrivain, un « écrivain mineur » préfère-t-il dire. Il a écrit une vingtaine de pièces de théâtre pour sa compagnie parmi lesquels des textes en vers. Il n’a jamais cessé d’écrire, souvent des poèmes épiques. Il a publié Nasbinals – 49 poèmes de peine aux éditions Pierre Mainard en 2002. Il a écrit avec Serge Valetti Tout est vécu (Tentative d’entretien biographique avec Claude Guerre) aux éditions Les Solitaires Intempestifs en 2002.
Dans le jardin de mon père est publié depuis octobre 2009 aux éditions Pierre Mainard.



Voici l’heure où je prends ta main
je l’ai prise pour la dernière
la dernière fois c’était quand ?
devant l’église ils attendent
dans leurs plus beaux habits ceux qui
éternellement disparaissent
ils attendent ô ils attendent
les mains attachées de pensées
voilà que nous nous retrouvons
dans le grand porche d’eau et d’ombre
elle sonne la douce conque
cet énorme chuchotement
où nous nous cachons tous ensemble
dans la main de pierre de Dieu
le grand absent insolent, toi
dans ton dernier lit de coton
tu seras versée à la terre
notre madone ô mon deuil
avec ma main, je tiens ta main
à travers le bois du cercueil
(riez tous ! le corps n’a plus d’âme
quand elle l’a quitté, elle est
monté là-haut à bicyclette !)
et je dis ton poème, mère :
« Sur les plaines vertes et blondes
« Serties de lacs et de hameaux
« Sur les bois, la forêt profonde
« Le soleil jette ses émaux.
« À travers la brume légère
« Le regard aperçoit, charmé
« En bordure de la rivière
« Comme voulant s’y refléter
« La petite ville prospère
« Pleine aujourd’hui d’activités. »
(quand je mourrai, mes fils chéris
diront un poème de moi
ils ont mon nez devant leur reste
c’est ma mort, enfin, c’est mon tour
ils sont vaillants et forts me portent
aux bras, en chemise tous trois)
tendres pensées qu’un fil relie
mes chers amis, au cimetière !

Dans le jardin de mon père, extrait

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