Hantômes - Isabelle Baladine Howald

par Vincent Gimeno-Pons, 11 mai 2016

Titre : Hantômes
Auteur : Isabelle Baladine Howald
Langue d’origine : Français
Format (en cm) : 12 x 15
Pagination : 64
Prix (en euros) : 13
Argumentaire : Hantômes n’est pas un livre de deuil. Surtout pas. Car « faire deuil » – cheminement actif – serait accepter la mort ; mais elle ne fait jamais sens. On peut en comprendre les circonstances, on peut en dessiner les contours, jamais la savoir. « Surtout pas un acquiescement, écrit Isabelle Baladine Howald, mais plutôt un renoncement comme sous la torture, j’accepte j’accepte – comme j’avoue ». Comme s’il fallait avouer une béance irrémédiable. Régulièrement répétée, la proposition « ne sache pas » nous l’indique : elle se pose comme une négation de tout savoir, sans sujet, sans modalité – que ce soit celle de l’ordre, celle du souhait ou celle de la supposition. « Ne sache pas » sonne bien plus clairement, bien plus abruptement : l’auteure écrit dans et contre, contestant le deuil ou son acceptation, pour faire entendre une sorte d’éthique de la mélancolie : « Je – court à la mort. » Le titre l’annonce : Hantômes, comme un effet de redoublement imaginaire de cette présence trouble de la mort, comme un fantasme de l’esprit enfin réalisé.
Isabelle Baladine Howald fait écho directement (en le citant régulièrement) à Stéphane Mallarmé et son Pour un tombeau d’Anatole. Elle poursuit cette « graphie constamment suspendue de la mort » avec une utilisation des tirets, notamment, à l’encontre de leur mode habituel : ils ne sont pas ici une respiration mais comme la césure d’un souffle, comme un arrêt, où « je » est « déplacé sans bougé ». Comme si cette recherche conduisait à une impasse de la nomination, comme si on devait faire sacrifice de sa propre langue, comme si la parole était définitivement à l’arrêt, suspendue. Il y a ainsi une disparition élocutoire qui anticipe l’absence de sens et participe – par défaut – à la nomination de la mort comme signification introuvable.
De cette expérience textuelle s’entend une sorte de nouvelle annonce qui contredit l’égo cartésien et qui pourrait s’énoncer ainsi : « je suis mort, donc je peux écrire ». Se lire ainsi comme une subjectivité radicalement autre. Les « je » peuvent aller directement se confronter au « tu », dans des formules « je te » où le rapport à l’autre précède tout, est à l’avance de notre rapport au monde. Un monde où du coup le sujet se réduit à un essentiel à peine articulé, à un « Mais j’ ». En fin de compte, une parole – en l’absence de sujet personnel – qui dit nos dettes à porter vis-à-vis de l’autre.
Biographie ou Bibliographie de l’auteur : Isabelle Baladine Howald est née en 1957. Lors de ses études de philosophie à Strasbourg, elle a rencontré notamment Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy, puis Roger Laporte ou Jacques Derrida. Elle est aujourd’hui responsable des rayons poésie et sciences humaines à la librairie Kléber à Strasbourg. Elle n’a donc « jamais quitté les rivages de la pensée philosophique », si la poésie est bien entendue comme pensée, dit-elle. Parmi ses livres publiés, citons Nuit d’amour un livre et Les Noms, très bas (éditions A Passage, 1985 et 1986), Les États de la démolition (éditions Jacques Brémond, 2002), Secret des souffles (éditions Melville, 2004), Le 20 janvier et Les Enfants de Stifter (Atelier des Grames, 2003 et 2005) et enfin La Douleur du retour et Mouvement d’adieu, constamment empêché (La Cabane, 2009 et 2010).
Editeur : éditions isabelle sauvage
ISBN : 978-2-917751-64-0
N° de Stand : 204

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Dernière modification : mercredi 11 mai 2016, par Vincent Gimeno-Pons
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