Hommages à Aimé Césaire

par Vincent Gimeno-Pons, 19 mai 2008

Hommages à Aimé Césaire

Le Marché de la Poésie, Le Printemps des Poètes et La Maison de la Poésie de Paris ont tenu à s’associer pour rendre différents hommages à Aimé Césaire durant ce 26e Marché.

Jeudi 19 juin à 18h, lors de l’inauguration officielle : lecture d’un texte d’Aimé Césaire sur le Podium.

Samedi 21 juin à 16h30 : Le Bus « Pour Aimé Césaire ».

Dimanche 22 juin à 15h : Hommage à Aimé Césaire, lectures, sur le Podium du Marché.

[…] Il n’est pas donné à n’importe qui de pouvoir effacer du paysage antillais le volcan de liberté que Césaire a eu l’énergie folle d’activer du plus profond de ce que l’Occident vise toujours à assujettir. Car ce sont d’abord les fondements de la maîtrise occidentale que Césaire a réussi à ébranler, en empruntant les voies interdites du discours européen, pour aller au devant de sa négritude. Souvenez-vous : « nous vous haïssons vous et votre raison… », provoquant déflagration après déflagration, jusqu’à dégager le paysage comme jamais encore, et faire apparaître, sur le chemin de la négritude, la subversion essentielle d’une nouvelle réalité créole, prête à s’embraser entre son passé à reconquérir et son devenir à inventer.
C’est d’ailleurs au gré de ce mouvement de retour sans fin, pour déployer sous l’inacceptable le possible oublié, qu’avance le Cahier d’un retour au pays natal, où aucune réalité n’est évoquée que pour être ramenée à son origine enfuie où le « bout du petit matin », nommé vingt-huit fois dans sa clarté extrême, ramène au fond de la nuit où la liberté se conquiert aveuglément. Renversements aussi exemplaires qu’invocatoires pour rendre possibles tous les renversements. Sans la subversion mise en œuvre par ces renversements en chaîne, dont Césaire aura su faire du langage le théâtre premier, jamais la réalité créole n’aurait pu apparaître en tant que telle.
Et j’en veux pour preuve, parmi bien d’autres, le travail fondateur mené tout de suite après par Ménil et Césaire, se proposant entre 1941 et 1945, en pleine dictature pétainiste, de faire de leur revue Tropiques « l’instrument qui permette à la Martinique de se recentrer ». C’est-à-dire de se recentrer sensiblement en découvrant en même temps sa singularité imaginaire et sa singularité personnelle.
[…] Césaire va jusqu’à déclarer en 1943 la poésie maudite, « maudite parce que connaissance et non plus divertissement. Maudite, parce que caravelle des lointains intérieurs. Maudite, parce que levant l’interdit des mers noires. Maudite, dans le sillage de Prométhée le voleur, d’Œdipe l’assassin. Maudite dans le sillage des découvreurs du monde »
(Tropiques 8-9).

Annie Le Brun, Statue cou coupé, Jean-Michel Place, 1996, extraits de p. 28-33.

Phrase de Césaire :
Ce n’est pas de toute son âme, c’est de tout son être que le poète va au poème. Poésie et connaissance, 1945

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Dernière modification : dimanche 19 mai 2008, par Vincent Gimeno-Pons
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