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Notre corps qui êtes en mots - Anne Malaprade

mercredi 11 mai 2016, par Vincent Gimeno-Pons

Titre : Notre corps qui êtes en mots
Auteur : Anne Malaprade
Langue d’origine : Français
Format (en cm) : 12 x 15
Pagination : 104
Prix (en euros) : 16
Argumentaire : Le livre commence par son titre : Notre corps qui êtes en mots. Analogie certaine avec le « Notre Père », ce texte est d’abord cela : une « prière horizontale », une sorte de requête à ce corps placé là en position divine, puissant donc, mais si peu réel qu’il faudrait en appeler à sa volonté, le supplier de « régner ». Et c’est le premier paradoxe : ce corps à qui on s’adresse comme un dieu est bien fragile, bien souffrant, un « corps au régime ». Et puis qu’est-ce qu’un corps ? Anne Malaprade s’essaie à la comparaison avec le langage – puisque le corps est « en mots » –, et le découpe en suivant la grammaire et la syntaxe ; peine perdue, il ne restera rien de lui ou presque : que des « os » qui n’inspirent que « pesanteur et dégoût ». C’est sans doute le deuxième paradoxe : ce corps prié ne recèle que « sueurs mêlées », « micro-poubelles qui, gonflées, regagneront le dehors, le lointain… ». Il y a un « terrorisme interne » qui tout en nous soutenant « nous salit ». Les sécrétions – qui par leur étymologie latine se rattachent au secret –, produites par un intérieur honni, viennent croiser l’extérieur, l’humide jouxte le sec, le goût et le dégoût se rencontrent et entraînent attirance et répulsion. Il y a donc autant de rejets que de tréfonds, que seuls les mots peuvent soulever.
Mais, troisième paradoxe, ce corps, jamais parfaitement unifié, jamais sanctuarisé – au défaut de la prière, donc –, fait de pertes, agit comme le déchet d’une partie de soi et empêche de se rassembler comme un je. S’ensuit comme des défauts de concordance : « On ne coïncide jamais avec le corps qui attend de l’autre côté du détroit. » Alors est-il un je ou un tu ? Un tu qui serait autant la petite fille, la femme ou l’amante que la sœur, la mère ou la vieille dame : « L’une de nous deux était un, l’une de toi voulait l’autre. Nous n’avions plus de prénom. Nos corps nous détestaient en nous baisant… » ou « Je n’a pas tenu sa promesse à moi. À moi ment je qui file en elle. Elle manqu’il. » Alors je, un il ou un elle, suivant les jeux de désirs qu’engendre le corps ? Ou un « presqu’elle », un « presqu’il », si ce corps n’est qu’une « presqu’île » ?
Pour arriver à un dernier paradoxe sous forme d’une interrogation : « depuis quel ordre, à quel ordre, en quel ordre au nom de quel désordre parle la vie ? » Ou, posé autrement : faut-il le contenir, ce corps, ou le laisser aller à un « au-delà » ? Faut-il laisser « un carré sans bord », « un carré dont elle efface le cadre » ? Ou faut-il enfin s’adresser, avec tous les mots du possible, aux autres, aux hommes, accepter que « le carré nous réfléchisse… une silhouette contre le monde ». « Contre » car la colère sera toujours là. Portée par les mots seuls.
Biographie ou Bibliographie de l’auteur : Anne Malaprade est née en 1972. Agrégée et docteur ès lettres, elle enseigne en classes préparatoires à Paris. Elle publie notes et articles sur les sites Poezibao et Sitaudis et intervient régulièrement dans le CCP — Cahier critique de poésie (cipM, Marseille), dont elle est membre du comité de rédaction. Elle a participé à de nombreux colloques et ouvrages collectifs, et publié deux études, sur Bernard Noël et Catherine Pozzi. Son premier livre en-dehors des essais, Lettres au corps, a été publié aux éditions en janvier 2015.
Editeur : éditions isabelle sauvage
ISBN : 978-2-917751-63-3
N° de Stand : 204