Nuit témoin - Laurine Rousselet

par Vincent Gimeno-Pons, 11 mai 2016

Titre : Nuit témoin
Auteur : Laurine Rousselet
Langue d’origine : Français
Format (en cm) : 12 x 15
Pagination : 128
Prix (en euros) : 16
Argumentaire : « tout tourne / le corps comme un tourbillon du réel / l’encrier dégoulinant dans la nuit témoin » – « écrire vient et interroge / les racines du chaos / un râle dans la gorge »… Nuit témoin pourrait s’ouvrir sur l’un ou l’autre de ces vers pris au fil des pages tant ils résument le « propos » de ce long poème comme haletant.
Une rupture amoureuse, une fuite suggérée, et la solitude à affronter dans le huis clos d’une chambre, l’hiver, la nuit. Reste alors « la lampe de bureau / sa couronne de clarté / les brouillons sous la main / ni rêve ni conscience / juste enregistrer des couloirs de stupéfaction », s’impose d’« écarquiller les yeux sur l’obscur » – de « crire », seule la nuit pour témoin. Dans l’urgence (« cavaler », « courir » et ses dérivés reviennent souvent), poser le désir sur la table. Et résister à la douleur, et vivre encore, s’« accrocher à la délivrance ». C’est qu’il y a, aussi, les enfants, « derrière la cloison / deux petites têtes qui dorment », il y a « en travers de ma table / des quantités de feutres / des colliers de perles / coloriages jacinthes et caprices ».
Seule l’écriture, pour Laurine Rousselet, plongée « dans le ventre de la langue souveraine », peut empoigner la douleur au plus intime du corps. Peut convoquer – et affronter – la mémoire, remonter « au loin » des corps désormais désunis, du désir passé et présent dans l’absence déchirante – son corps brûlant de désir, toujours. Seul « crire », au bout du compte, est à même de transformer la nuit témoin en « nuit charnière ».
Il y a dans sa poésie quelque chose de percutant : des vers à la syntaxe élémentaire (sujet verbe complément – toujours au présent – ou verbes à l’infinitif et substantifs isolés – ni sujet ni temps, comme suspendus), d’une très grande acuité sensorielle, charnelle, qui claquent, bousculent dans leur jaillissement sur la page. Qui disent le brasier de l’âme et du corps, l’urgence du cri, l’insurrection intime du manque. « Laurine Rousselet jette le trouble, risque l’ivresse des profondeurs. Ni narrative, ni descriptive, son écriture génère un chant elliptique, frémissant, battant de rythmes haletants, de pulsions langagières en rafales, qui sourdent des abysses de l’être », disait très justement du Journal de l’attente Michel Ménaché dans la revue Europe – que l’on peut aisément reprendre ici.
Biographie ou Bibliographie de l’auteur : Laurine Rousselet, née en 1974, a déjà publié de nombreux livres, poésie ou récits, dont Mémoire de sel (L’Inventaire, 2004), Séquelles (Dumerchez, 2005), L’Été de la 31e (L’Atelier des Brisants, 2008), Hasardismes (L’Inventaire, 2011), La Mise en jeu (Apogée, 2012), Crisálida (L’Inventaire, 2013), ou encore Journal de l’attente (éditions isabelle sauvage, 2013) et, dernier en date, Syrie, ce proche ailleurs (L’Harmattan, 2015). Un « Atelier de la création » lui a été consacré en juin 2013 sur France culture, où sont intervenus Hubert Haddad et Marcel Moreau, et Anouk Grinberg pour la lecture de longs extraits du Journal de l’attente notamment.
Editeur : éditions isabelle sauvage
ISBN : 978-2-917751-67-1
N° de Stand : 204

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Dernière modification : mercredi 11 mai 2016, par Vincent Gimeno-Pons
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