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Parant, Jean-Luc

lundi 27 avril 2009, par Vincent Gimeno-Pons

Bio-bibliographie sélective

Né le 10 avril 1944 à Mégrine près de Tunis en Tunisie, il vit et travaille actuellement en Normandie.
S’étant intitulé « fabricant de boules et de textes sur les yeux » dès la fin des années 60, comme s’il avait inventé là son propre métier, le travail poétique de JLP est inséparable de son travail plastique. En effet, son œuvre, conçue sur la dualité de ses thèmes, est affaire de textes et de boules, de vision et de toucher, de jour et de nuit, d’infime et d’infini.

« Jean-Luc Parant, comme il l’a dit lui-même, écrit avec ses yeux et ses mains des textes sur les boules et les yeux, et fait avec ses mains des boules pour les donner à voir, boules de cire de terre ou de papier aujourd’hui installées dans les plus grands musées contemporains, boules composites dont certaines mangent des livres et d’autres les composent, tandis que d’autres encore exhibent des sexes ambigus, des peaux inaccomplies, boules comptables dessinées ou gravées, scarifiées de leur propre nombre. Boules qui sont l’œil, le sexe, la tête, la terre, le soleil et la mesure de toute proportion, dans les textes qui les accompagnent sans les illustrer ; et l’aventure poétique de Parant engage d’abord sa propre vocation à regarder le monde, mettre des formes au jour et proférer ses mots. Car ce poète à visée cosmogonique – le seul peut-être aujourd’hui –, préoccupé exclusivement de l’universel, du soleil et de la terre, de l’homme et de l’animal, de l’ombre et de la lumière, du monde en un mot, est avant tout résolument solipsiste, et ne disperse son peu de mots, son jeu de boules à exemplaire unique, que pour parler et faire, exclusivement, la part qui lui revient.
L’abondance dans cette œuvre côtoie donc la sécheresse, et la répétition fait pendant au vertige du multiple sans fin. Chaque texte, chaque boule, chaque dessin ou poème n’aurait rimé qu’à cela : tracer la marquer de l’intime, dresser le journal de l’impartageable, en prenant la mesure du tout, en ne disant jamais rien d’autre, au fond – et c’est assez unique pour être signalé –, que la vérité. »
PIERRE VILAR – Extrait de l’article « Jean-Luc Parant » in Dictionnaire de Poésie de Baudelaire à nos jours, sous la direction de Michel Jarrety, Paris, PUF, 2001.

« Je fais des boules pour que, à travers elles, nous puissions toucher l’écriture de mes textes… », « … j’écris mais je fais des boules pour pouvoir les mettre tout autour de mes textes comme des mains qui les protègeraient. » Les textes de JLP, comme des globes oculaires voyants en rotation sur eux-mêmes, nous invitent à nous mettre en orbite tout autour d’eux sans nous préoccuper ni de leur début ni de leur fin. « Car, sur la circonférence, le commencement et la fin sont communs », comme le dit déjà Héraclite.

JLP se fait également éditeur le temps d’une revue qu’il façonne et intitule depuis 1975 « Le Bout des Bordes », journal en hommage à sa femme Titi, journal de bord de son propre travail mais surtout de ses rencontres et amitiés créatrices, invitant de nombreux écrivains et artistes à y participer.

Ses dernières publications sont les suivantes (sélection) :

-  Le Bout des Bordes, collectif, Al Dante, à paraître en juin 2009

-  L’Évasion du regard, collectif, Médiathèque Voyelles Charleville-Mézières 2009

-  Le Fou parle, Marcel le Poney 2008

-  176 hiéroglyphes déchiffrés sur les voûtes étoilées du ciel, Al Dante 2008

-  Toi qui as ouvert les yeux, Dernier Télégramme 2008

-  Les Yeux sans mesure, Fata Morgana 2007

-  Dix nouveaux chants pour tourner en rond, La Différence 2006

-  Les Yeux quatre – L’Envolement des yeux, José Corti 2006

-  Les Yeux trois – Le Déplacement des yeux, José Corti 2003

-  Les Yeux deux – L’Accouplement des yeux, José Corti 2003

-  Les Yeux – L’Envahissement des yeux, José Corti 2002
Trois ouvrages collectifs sont également à signaler :

-  De l’infime à l’infini, et retour (monographie sur le travail plastique de JLP), Actes Sud 2007

-  Jean-Luc Parant, Imprimeur de sa propre matière et de sa propre pensée, collectif sous la direction de François-Marie Deyrolle, José Corti 2004.

-  Le Grand livre de JLP, éditions de la Différence 2001

Actualité de JLP :

- jusqu’au 30 mai 2009 : exposition Jean-Luc Parant L’Évasion du regard, Médiathèque Voyelles, Charleville-Mézières.

- à partir du 6 mai et jusqu’au 15 août 2009 : exposition collective Juste des livres, la collection des livres d’artistes des éditions Dumerchez, Musée départemental de l’Oise, Beauvais.

- à partir du 14 mai et jusqu’au 30 août 2009 : exposition collective Dreamtime, Musée des Abattoirs Toulouse, et Grotte du Mas d’Azil (du 16 mai au 11 novembre 2009).

- à partir du 27 mai et pendant tout l’été 2009 : exposition personnelle, Galerie de l’hôtel Ty Mad, Douarnenez.

- à l’automne 2009 et pendant un an : exposition collective Lieux de belligérance, « Boulangerie » de la Forteresse de Salses, Salses-le-Château.


extrait d’un texte en cours :

La trace de nos yeux dans le ciel c’est le ciel tout entier. Le ciel n’est que la trace que laissent nos yeux en s’ouvrant. Le ciel est ce qui reste du passage de nos yeux dans l’espace. Le ciel est la marque de nos yeux qui ont disparu, la marque de nos yeux qui ont disparu dans la nuit après être apparus dans le jour. Le ciel est la marque de nos yeux qui se sont ouverts puis fermés, la marque qu’ils ont laissée après avoir vu l’espace sans fin. Nous voyons le ciel mais seuls nos yeux l’ont fait exister, seuls nos yeux le font exister au-dessus de nous. Sans nos yeux, le ciel n’existerait pas. Nos yeux s’ouvrent et recouvrent le vide, puis nos yeux se ferment et le vide s’illumine de nos yeux qui se sont ouverts et qui ont recouvert le vide, le vide qui s’est empreint des yeux pour devenir le ciel. Le ciel et ses étoiles, le ciel et son soleil.

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