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Route inconnue (La) - André Dhôtel

mercredi 11 mai 2016, par Vincent Gimeno-Pons

Titre : La Route inconnue
Auteur : André Dhôtel
Langue d’origine : Française
Format (en cm) : 12,5x19 cm
Pagination : 352
Prix (en euros) : 16
Argumentaire : La route inconnue, roman tardif d’André Dhôtel, constitue, sous la fausse apparence d’une extrême simplicité d’écriture qui nous emmène parfois aux limites du roman adolescent, un laboratoire inédit pour l’auteur qui y convoque une nouvelle fois (possiblement la dernière ? l’auteur a alors presque quatre-vingt ans) tous les ingrédients de son imaginaire.

La route inconnue développe ainsi un véritable space-opéra des champs, des hameaux et des collines, dont le véhicule « inter-espace » serait la bicyclette, ce moyen si commode pour élargir son horizon, pour peu qu’on sache un peu relever la tête et regarder le ciel.

Le thème, récurrent chez Dhôtel, du dédoublement, de l’incertitude sur la personne aimée s’y développe également comme rarement ailleurs, avec la triple figure féminine d’Agathe, la soeur perdue et retrouvée, d’Angèle et d’Aurore.*

Alors se développe sous nos yeux, pour le plaisir du conte, une fresque initiatique pour le héros Valentin, un jeu de l’esprit géant où le mystère, les poursuites nocturnes dans des châteaux vides et la recherche des pistes inconnues ou de trésors constituent l’essence même de la liberté ; seuls les très jeunes adultes, fraîchement échappés de l’adolescence et non encore entrés dans le rang de la vie active, peuvent inventer et comprendre ces règles oubliées de la plupart des autres.

Comme souvent chez Dhôtel, se développe deux discours en friction : celui des adultes qui sont la plupart du temps caricaturés dans la mesure où ils disent à peu près n’importe quoi sur n’importe quel sujet, dans un savoureux torrent de lieux communs, et celui du merveilleux encore possible, où la pensée adolescente reste libre et sans contrainte autre que celle du devenir :

« — Il y a des endroits merveilleux où on crève de faim et de froid, dit Agathe. Tout est perdu, toujours, toujours, mais ce qui est magnifique c’est que je ne vais pas encore crever ni ce soir ni la semaine prochaine. »

A partir de cette liberté reconquise peuvent alors se développer, sous la plume de cet écrivain vrai observateur de la nature, des images fugitives parmi les plus belles de notre littérature :

« Le jour s’était levé hors de la forêt sans que d’abord ils y aient pris garde. Et soudain dans l’obscurité une fleur blanche de mûre était apparue, puis quelques autres fleurs d’un roncier voisin. Les troncs de la futaie se dessinèrent dans une lumière profonde et violette. »

*Sur le thème du dédoublement, Cf « La Grèce dans l’œuvre d’André Dhôtel : le pays où l’on ment deux fois. », article d’Emmanuel d’Yvoire, in « André Dhôtel et la Grèce », cahier André Dhôtel n°9, 2011 : « L’Angèle de La route inconnue apparaît à Valentin « deux fois autre » (le double mensonge encore !) : elle favorise la fuite d’Agathe, qui la transfigure à son tour. »

Biographie ou Bibliographie de l’auteur : André Dhôtel (1900-1991) : professeur de philosophie, romancier et poète, ami de Jean Paulhan, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont « Le pays où l’on n’arrive jamais », prix Fémina 1955. Il reçoit en 1974 le Grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.

Illustration de couverture : Jean-Claude Götting

Editeur : La clé à molette
ISBN : 979-10-91189-05-7
N° de Stand : 617/619