Siméon, Jean-Pierre

par Vincent Gimeno-Pons, 6 juillet 2010

Je suis redevable à plus d’un titre à Arlette. Personnellement d’abord, comme beaucoup sans doute. J’avais 30 ans et je venais de publier un de mes tout premiers recueils chez Rougerie. Arlette, dont je ne savais rien, s’était enthousiasmée pour ce livre, m’avait écrit et demandé des inédits pour la revue Création qu’elle dirigeait alors. Cette anecdote la dépeint avec justesse, n’est-ce pas ? Attention aux jeunes poètes, goût de la découverte, générosité, enthousiasme. Et comme nous tous, poètes de ces dernières décennies, je lui suis reconnaissant de sa foi maintenue dans la poésie en un temps où sa marginalisation pouvait pousser à l’amertume ou à l’abandon. Arlette, comme René Rougerie, comme Laurent Terzieff, ces trois qui soudain nous laissent à notre devenir : chacun à sa manière a manifesté dans une constance obstinée ce dont nous avons le plus besoin, la conviction indéracinable, contre l’air du temps, les basses manœuvres des egos, les modes et l’esprit de chapelles, que la poésie devait vivre, qu’elle est une aide à vivre, qu’elle est un des derniers refuges de l’esprit. Nous devons à ces gens-là, à leur esprit de résistance, à leur probité, que la poésie ait encore un avenir. Quand je songe à l’action infatigable d’Arlette, à sa marche front baissée dans les allées du Marché de la Poésie, à son humanité têtue, je resonge à ce que disait Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ». Nous avons aujourd’hui en partage la générosité d’Arlette : précisément ce qui sauve.


Jean-Pierre Siméon
Juillet 201

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Dernière modification : mardi 6 juillet 2010, par Vincent Gimeno-Pons
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